Pourquoi le Conseil d’État a-t-il annulé l’arrêté du Chef choisi par le village ? Qui tire les ficelles du statu quo qui paralyse le développement local ? Enquête sur un conflit de pouvoir où se mêlent décisions de justice contestées, accusations d’impunité et risques d’affrontements communautaires.
Le samedi 24 octobre 2026, une chape de plomb s’est transformée en une démonstration de force politique et coutumière à Songon Agban Attié 2. Ce jour-là, la quasi-totalité des institutions internes du village a paraphé un document explosif : une « Déclaration de soutien indéfectible » au Chef N’CHO Jérôme Atsé. Derrière les formules de déférence administratives, notre enquête révèle un ras-le-bol généralisé face à un blocage institutionnel qui dure depuis des mois.
Au cœur de cette affaire, un arbitrage judiciaire qui a mis le feu aux poudres. Le Chef N’CHO Jérôme Atsé, Capitaine des Eaux et Forêts, avait été officiellement investi par un arrêté préfectoral après avoir été désigné selon les règles ancestrales par le Doyen d’âge, Nanan ATSÉ Jean.
Pourtant, cet arrêté a été annulé par la plus haute juridiction administrative du pays, plongeant la localité dans un vide juridique total. Dans les cercles proches de la chefferie, la pilule ne passe pas. On qualifie cette décision d’« injustifiée » et de déconnectée de la réalité sociologique du village.
Ce cas n’est pas isolé. Nos investigations montrent que ce bras de fer entre l’administration préfectorale (les « hommes en kaki ») et le Conseil d’État s’inscrit dans une tendance lourde dans la région d’Abidjan (cas similaires observés récemment à Yopougon-Kouté ou Abobo-Baoulé). L’administration préfectorale se retrouve souvent à gérer les pots cassés d’annulations juridiques qui ignorent la souveraineté des urnes villageoises ou des processus coutumiers.
Sur le terrain, la tension est palpable. Un paradoxe saute aux yeux : d’un côté, le chef destitué administrativement, N’CHO Jérôme Atsé, s’impose une stricte réserve républicaine et respecte le mot d’ordre de statu quo dicté par le Sous-Préfet. De l’autre, son rival, l’ancien chef, est accusé par les villageois de mener une campagne active d’intimidation et de menaces en toute liberté.
Plus grave encore, des sources communautaires concordantes s’interrogent sur les complicités dont bénéficierait l’ancien dirigeant. Ce dernier fait en effet l’objet de plusieurs chefs d’inculpation restés sans suite à ce jour. Comment un chef déchu, visé par des procédures judiciaires, peut-il continuer à défier ouvertement les institutions locales sans être inquiété ? La question de l’impunité est désormais ouvertement posée par les populations.
Le nœud du problème réside dans le blocage d’un outil démocratique essentiel : la consultation populaire. Prévue de longue date par l’autorité préfectorale pour sceller définitivement la gouvernance du village, elle a été avortée. Nos informations confirment que ce jour-là, une poignée de partisans de l’ancienne chefferie a orchestré des violences ciblées pour empêcher la tenue du scrutin.
Depuis ? Rien. L’administration semble frileuse à l’idée de reprogrammer la rencontre, laissant le village dans une impasse qui bloque tous les projets de restructuration et d’infrastructures.
Face à ce qu’elles perçoivent comme une inertie de l’État, les forces vives du village ont décidé de faire bloc pour éviter que la situation ne bascule dans l’auto-défense ou l’affrontement direct. Fait rare dans ces crises de chefferie, l’unanimité est absolue autour de N’CHO Jérôme Atsé. Le Conseil des Sages (présidé par M. YAPO Adompo), la Mutuelle de Développement (dirigée par M. Marcellin YAPO), l’Union des Femmes (Mme Chadon) et l’Association des Jeunes (M. Boris) ont tous signé la même motion de défiance envers l’ancienne chefferie.
« Devrons-nous cesser d’observer le statu quo et céder à l’affrontement pour faire valoir la voix de notre écrasante majorité ? » lance la communauté qui dit avoir choisi la voie de la paix et de la non-violence.
Le dossier est désormais sur le bureau du Préfet d’Abidjan, Andjou Koua. Cet administrateur hors grade, réputé pour sa connaissance fine des crises foncières et coutumières de la région, sait qu’il joue gros. La reprogrammation rapide de la consultation populaire à Songon Agban Attié 2 apparaît aujourd’hui comme la seule issue pour désamorcer une bombe sociale à retardement.
OBIANG