Enseignante d’universités de renommée aux États-Unis, Madame DIABY Makani a répondu à l’appel du président Alassane Ouattara pour servir sa patrie. Aujourd’hui Vice-présidente du Sénat de Côte d’Ivoire, son parcours illustre le rôle crucial de la diaspora dans le développement national. Elle se confie sur sa transition académique, son rôle institutionnel et sa vision pour l’avenir du pays.
Le Président de la République, Son Excellence Alassane Ouattara, accorde une place de choix aux compétences de la diaspora et au leadership féminin. Que représente pour vous cette opportunité de servir la nation à ses côtés, et comment comptez-vous traduire cette confiance en actes au bénéfice des Ivoiriens ?
C’est avec une profonde humilité que je reçois cette confiance. Le Président Alassane Ouattara a toujours eu cette conviction, héritée du père fondateur Houphouët-Boigny : la compétence n’a ni frontière ni genre, elle se cultive et se met au service de la Nation, où qu’elle se trouve. Avoir vécu, enseigné et été distinguée à l’étranger n’est pas, pour moi, un détour loin de la Côte d’Ivoire ; c’est un chemin qui m’y ramène plus outillée, plus exigeante avec moi-même. Je compte traduire cette confiance en actes concrets : un travail législatif rigoureux, une écoute constante des populations de ma circonscription et un plaidoyer sans relâche pour que la diaspora ivoirienne, forte de ses talents, trouve toute sa place dans la construction de notre émergence. Servir aux côtés du Chef de l’État, c’est accepter d’être comptable, chaque jour, de cette confiance.
Vous avez enseigné la littérature française à la Georgia State University aux États-Unis, où votre excellence a été primée. Comment cette expérience pédagogique américaine influence-t-elle aujourd’hui votre approche législative et vos interventions au Sénat de Côte d’Ivoire ?
Enseigner, c’est apprendre à construire une pensée claire, argumentée, capable de convaincre sans jamais mépriser la contradiction. C’est exactement ce que la fonction sénatoriale exige. Aux États-Unis, j’ai appris la discipline du texte : on ne soutient une idée que si l’on peut la démontrer, la sourcer, la défendre devant un auditoire exigeant. Cette rigueur académique, je la porte aujourd’hui dans l’hémicycle. Avant de me prononcer sur un projet de loi, j’en étudie la lettre, l’esprit et les conséquences pratiques pour nos concitoyens. La littérature m’a aussi enseigné l’humanité : derrière chaque texte de loi, il y a des vies, des familles, des espoirs. C’est cette double exigence, intellectuelle et humaine, que je m’efforce d’incarner au Sénat.

Madame la Vice-Présidente, le Sénat ivoirien consolide chaque année son rôle législatif. Comment votre rigueur d’universitaire et votre expérience internationale se traduisent-elles concrètement dans l’amélioration de la qualité des lois et le contrôle de l’action gouvernementale ?
Le Sénat, institution voulue par le Président Alassane Ouattara dans le cadre de la Troisième République, a pour vocation d’être la chambre de la réflexion et de la sagesse. Ma formation d’universitaire m’a habituée à la relecture patiente, à la vérification des sources, au souci du détail : je l’applique scrupuleusement à l’examen de chaque texte qui nous est soumis, afin que nos lois soient non seulement conformes à notre Constitution, mais réellement applicables sur le terrain. Mon expérience internationale m’apporte, elle, un regard comparatif précieux : je peux confronter nos textes aux meilleures pratiques observées ailleurs. Quant au contrôle de l’action gouvernementale, je le conçois non comme une posture d’opposition stérile, mais comme un exercice constructif, au service de l’efficacité de l’action publique et, en définitive, du bien-être des Ivoiriens.
En tant qu’ancienne ambassadrice de l’enseignement supérieur, quels leviers stratégiques préconisez-vous pour renforcer les partenariats académiques entre les universités ivoiriennes (comme l’Université Félix Houphouët-Boigny) et les institutions internationales ?
L’enseignement supérieur est un investissement d’avenir, au même titre que les routes ou l’énergie. Trois leviers me paraissent prioritaires. D’abord, la multiplication des accords de codiplomation et d’échanges d’enseignants-chercheurs entre nos universités, à commencer par l’Université Félix Houphouët-Boigny, et les grandes institutions internationales. Ensuite, le renforcement des bourses de mobilité pour nos étudiants les plus méritants, afin que l’excellence ivoirienne continue de rayonner au-delà de nos frontières. Enfin, la digitalisation des programmes et la recherche appliquée, pour que nos universités deviennent de véritables partenaires du développement économique national. C’est en ouvrant nos campus au monde que nous formerons la relève dont la Côte d’Ivoire de 2030 aura besoin.
En votre qualité de vice-présidente du Sénat, quels sont les chantiers législatifs prioritaires que vous portez pour moderniser le système éducatif et culturel ivoirien ?
Plusieurs chantiers me tiennent particulièrement à cœur. En premier lieu, l’adaptation continue de notre cadre législatif à l’ambition présidentielle de l’école obligatoire et de qualité pour chaque enfant ivoirien, garçon comme fille. Ensuite, la valorisation de notre patrimoine culturel et linguistique, dans le respect de notre pluralité, aux côtés de la promotion de la langue française comme outil d’unité et d’ouverture au monde. Je porte également une attention particulière à la formation professionnelle et technique, afin que nos jeunes disposent de compétences directement utiles à notre économie en pleine transformation. Enfin, je plaide pour un cadre juridique renforcé de protection de l’enfance et de la jeunesse scolarisée. Ce sont là des chantiers de longue haleine, mais c’est ainsi, patiemment, que se bâtit une nation moderne.
Votre double culture académique, à l’intersection de la promotion de la langue française et d’une carrière aux États-Unis, constitue un atout rare. Comment utilisezvous ce profil pour dynamiser la diplomatie parlementaire ivoirienne à l’international ?
Cette double culture est, je crois, un pont plutôt qu’une frontière. Elle me permet de dialoguer aisément aussi bien avec nos partenaires francophones qu’anglophones, et de porter la voix de la Côte d’Ivoire dans des enceintes où elle mérite d’être davantage entendue. J’y vois une extension naturelle de la diplomatie économique et politique conduite avec succès par le Président Alassane Ouattara : la diplomatie parlementaire doit, elle aussi, tisser des liens durables avec les parlements amis, faire connaître nos avancées institutionnelles et attirer partenariats et investissements. Chaque échange à l’international est, pour moi, une occasion de rappeler que la Côte d’Ivoire est aujourd’hui un partenaire stable, crédible et résolument tourné vers l’avenir.
Quel message et quels conseils de mentorat adressez-vous à la jeune génération de femmes ivoiriennes qui aspirent à concilier une carrière académique de haut niveau et un engagement politique de premier plan ?
Je leur dirais d’abord ceci : n’ayez jamais peur d’exceller, l’excellence n’appartient à aucun genre. Le savoir et l’engagement politique ne s’opposent pas, ils se nourrissent mutuellement ; une pensée rigoureuse est un atout précieux pour qui veut servir sa communauté. Je les invite à travailler avec discipline, à cultiver la patience — car les grandes réussites se construisent dans la durée, jamais dans la précipitation — et à ne jamais renoncer à leur ambition sous prétexte qu’elle dérange. Je les invite aussi à s’inspirer de ce que notre pays offre aujourd’hui, sous l’impulsion du Président Alassane Ouattara, comme espace d’expression pour le leadership féminin. À ces jeunes femmes, je veux dire : votre place est à la table des décisions, préparez-vous à l’occuper avec compétence, intégrité et fierté.
Par Léon SAKI –